Le redoublement : ce que disent les recherches
Le redoublement a fortement reculé en France : 40 % des élèves de 15 ans avaient redoublé au moins une fois en 2003, contre 11 % en 2022 (OCDE, PISA 2022). Il reste une décision d'école. Méta-analyses et études quasi expérimentales en éclairent les effets et les alternatives documentées.
Combien d'élèves redoublent, et comment la pratique évolue
En France, la décision se lit d'abord dans les taux annuels. À la rentrée 2025, dans le secteur public, le taux de redoublement atteint 3 % au cours préparatoire, contre 2,7 % un an plus tôt ; aux autres niveaux de l'école élémentaire, il se stabilise après la hausse de 2024 (DEPP, note d'information n° 25.58, octobre 2025). Le mouvement est récent : les taux étaient historiquement bas à la rentrée 2017, ils remontent en 2018 après le décret de février 2018, restent stables jusqu'en 2023, puis augmentent partout à la rentrée 2024, du CP (2,7 %, plus 0,8 point) au CM2 (0,7 %, plus 0,2 point) (DEPP, note d'information n° 24.41, octobre 2024).
La tendance longue est plus nette que ces oscillations. La part des élèves de 15 ans ayant redoublé au moins une fois est passée d'environ 40 % en 2003 à 22 % en 2015, puis à 11 % en 2022, l'une des baisses les plus fortes mesurées par l'OCDE (OCDE, PISA 2022, volume II). En 2009, la France affichait le troisième taux le plus élevé de l'OCDE ; en 2022, elle repasse tout juste au-dessus de la moyenne, fixée à 9 % (OCDE, PISA 2022, volume II).
Le profil des redoublants, lui, ne bouge guère. En moyenne dans l'OCDE, un élève défavorisé est plus de trois fois plus susceptible d'avoir redoublé qu'un élève favorisé ; les garçons redoublent plus souvent que les filles, et les élèves issus de l'immigration plus souvent que les autres (OCDE, PISA 2022, volume II). À résultats scolaires comparables, ces écarts persistent : le redoublement reste corrélé au milieu social (OCDE, PISA 2022, volume II).
Ce que disent les recherches
La méta-analyse de référence éclaire le débat. Elle réunit 22 études publiées entre 1990 et 2007 et 207 mesures d'effet : dans les études peu contrôlées, le redoublement apparaît lié à des résultats nettement inférieurs (moins 0,30 écart-type) ; dans les études les mieux construites, qui comparent des élèves de niveau initial équivalent, l'effet moyen tombe à plus 0,04 écart-type, indiscernable de zéro (Allen et al., 2009). L'écart se creuse avec le temps : l'effet estimé recule d'environ 0,11 écart-type par année de suivi supplémentaire en comparaison de niveau (Allen et al., 2009).
Les études quasi expérimentales affinent le tableau. À Chicago, un dispositif couplait été de rattrapage et redoublement pour les élèves passés sous un seuil de passage : jugé au voisinage de ce seuil, il a relevé les acquis des élèves de troisième année du primaire, l'équivalent du CE2, de 33 à 41 % d'un gain annuel moyen la première année, avant un affaiblissement dès la deuxième (Jacob et Lefgren, 2004). Pour les élèves plus âgés, l'équivalent de la sixième, l'effet est nul après un an ; après deux ans, les auteurs mesurent même un retard de lecture d'environ un quart d'année (Jacob et Lefgren, 2004).
Le suivi de long terme mené en Floride confirme le schéma. Les élèves retenus en fin de CE2 au titre du test de lecture de l'État ont d'abord progressé, mais après six ans, l'avantage disparaît dès que la comparaison porte sur des élèves du même âge ; il ne subsiste que face aux élèves de même niveau ; la probabilité d'obtenir le diplôme du secondaire ne change pas, tandis que la moyenne scolaire en fin de parcours augmente et que les cours de rattrapage diminuent (Schwerdt, West et Winters, 2017). L'OCDE en tire une lecture prudente : des gains de court terme réels mais fragiles, des effets de long terme incertains, et un risque de décrochage plus élevé chez les redoublants (OCDE, PISA 2022, volume II).
Ce que montrent les comparaisons internationales
Le redoublement se pratique très inégalement. En 2022, 9 % des élèves de 15 ans déclaraient avoir redoublé au moins une fois, en moyenne dans l'OCDE, contre 11 % en France ; 36 systèmes restent à 5 % ou moins, et 14 dépassent 20 %, dont la Colombie (environ 40 %) et le Maroc (environ 46 %) (OCDE, PISA 2022, volume II). La France redouble désormais moins que l'Autriche, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal ou la Suisse (OCDE, PISA 2022, volume II).
Les règles expliquent une partie des écarts. La promotion automatique s'applique dans environ 28 % des systèmes au primaire et 24 % au secondaire inférieur, notamment au Japon, en Corée, en Islande, en Israël, au Mexique, en Norvège et au Royaume-Uni, des systèmes où le redoublement est en principe exclu (OCDE, PISA 2022, volume II). Là où il est encadré, la part de redoublants au primaire atteint 6,7 %, contre 3,6 % dans les systèmes à promotion automatique et 7,6 % là où il n'est pas limité (OCDE, PISA 2022, volume II).
Ces chiffres ont leurs limites, que l'OCDE documente elle-même : ils reposent sur des déclarations d'élèves, et au Japon comme en Norvège, la question n'a pas été posée, le taux étant fixé à zéro par convention (OCDE, PISA 2022, volume II). Un constat français mérite aussi d'être retenu : la baisse du redoublement ne s'est accompagnée ni d'une chute des résultats en mathématiques avant la pandémie, ni d'une amélioration de l'équité sociale, un mouvement que l'OCDE rattache avant tout aux changements de réglementation de 2013 et de 2018 (OCDE, PISA 2022, volume II).
Les alternatives documentées : soutien ciblé, écoles d'été, tutorat
Des dispositifs qui améliorent les acquis sans redoublement sont documentés. En Inde, des programmes qui regroupent les élèves selon leur niveau réel d'apprentissage plutôt que leur âge ont produit des gains de 0,15 à 0,70 écart-type selon les modèles, y compris en version intégrée à l'école publique (Banerjee et al., 2016). En France, l'OCDE recense les leviers déjà disponibles au primaire et au collège : stages de remise à niveau, activités pédagogiques complémentaires, devoirs faits, à mobiliser avant d'envisager un redoublement (OCDE, PISA 2022, volume II).
Le tutorat affiche les résultats les plus constants. La méta-analyse d'études expérimentales de Nickow, Oreopoulos et Quan (2020) aboutit à un effet moyen de 0,37 écart-type sur les apprentissages, plus fort quand le tutorat est assuré par des enseignants ou des personnels formés, quand il se déroule pendant le temps scolaire plutôt qu'après la classe, et dans les premières années de scolarité (Nickow, Oreopoulos et Quan, 2020).
L'été reste un moment utile. À Chicago, l'été de rattrapage obligatoire a amélioré les acquis en lecture et en mathématiques, avec des effets qui ne se dissipent pas immédiatement (Jacob et Lefgren, 2004). En France, les stages de remise à niveau se tiennent sur trois semaines de vacances et visent le français et les mathématiques en petits groupes (OCDE, PISA 2022, volume II). La recommandation de l'OCDE va dans le même sens : recourir à ces appuis avant que l'élève ne soit retenu, pas après (OCDE, PISA 2022, volume II).
Cinq points d'appui pour une direction d'école
En France, le redoublement reste une décision d'établissement, encadrée depuis la loi de 2013 puis le décret de 2018 : il doit demeurer exceptionnel et s'accompagner d'un programme personnalisé de réussite éducative, décidé par le conseil des maîtres à l'école et par le chef d'établissement au collège (OCDE, PISA 2022, volume II, encadré sur la France). Cinq points d'appui, adossés aux données citées dans cet article.
- Comparer avant de décider : à niveau initial équivalent, les études les mieux construites ne mesurent pas de bénéfice durable du redoublement (Allen et al., 2009).
- Documenter l'exception : un redoublement doit rester rare et s'accompagner d'un programme personnalisé, décidé par le conseil des maîtres ou le chef d'établissement (OCDE, PISA 2022, volume II).
- Investir dans le tutorat et le soutien ciblé : 0,37 écart-type en moyenne pour le tutorat (Nickow et al., 2020), 0,15 à 0,70 écart-type pour les regroupements par niveau (Banerjee et al., 2016).
- Exploiter les vacances : l'été de rattrapage a produit des gains mesurables à Chicago (Jacob et Lefgren, 2004) ; en France, les stages de remise à niveau durent trois semaines (OCDE, PISA 2022, volume II).
- Suivre les effets et l'équité : les gains du redoublement s'estompent en quelques années, et la probabilité d'obtenir le diplôme ne change pas dans le suivi mené en Floride (Schwerdt, West et Winters, 2017) ; la probabilité de redoubler est plus de trois fois supérieure pour un élève défavorisé (OCDE, PISA 2022, volume II).
Sources
- DEPP · Note d'information n° 25.58, les effectifs dans le premier degré (rentrée 2025) · 2025-10
- DEPP · Note d'information n° 24.41, les effectifs dans le premier degré (rentrée 2024) · 2024-10
- OCDE · Résultats du PISA 2022, volume II, apprendre en période de crise et résilience (PDF) · 2023-12
- Allen, Chen, Willson et Hughes · Educational Evaluation and Policy Analysis, 2009 (texte intégral sur PMC) · 2009-12
- Jacob et Lefgren · Remedial Education and Student Achievement, NBER working paper 8918 (The Review of Economics and Statistics, 2004) · 2002-05
- Schwerdt, West et Winters · The Effects of Test-based Retention on Student Outcomes over Time, NBER working paper 21509 (Journal of Public Economics, 2017) · 2015-08
- Nickow, Oreopoulos et Quan · The Impressive Effects of Tutoring on PreK-12 Learning, NBER working paper 27476 · 2020-07
- Banerjee, Banerji, Berry, Duflo et al. · Mainstreaming an Effective Intervention (Teaching at the Right Level), NBER working paper 22746 · 2016-10